La page poésie d'Odile « Vert comme l’espérance »
30 Octobre 2026 , Rédigé par verdon-info Publié dans #Image et poésie
Quelques mots sur la page « Vert comme l’espérance »
Quelle couleur mystérieuse que le vert ! La couleur des martiens ou de la drôle de souris « qui courait dans l’herbe »…Honnie par les gens de théâtre, couleur de l’espérance pour certains, couleur sacrée dans l’Islam, de la résurrection dans l’Egypte ancienne, de l’écologie de nos jours…Une couleur que je n’ai jamais beaucoup appréciée, trop froide pour moi -je préfère les couleurs chaudes- mais qui revient à la mode, surtout pour les intérieurs : « vert-céladon » ou « vert-sauge »…des adjectifs poétiques. N’est-elle pas le symbole du renouveau ? Plein d’homonymes pour le vert : vers pour la direction, ver de terre pour le lombric, vers pour le poème, verre pour boire, et même vair pour la pantoufle en fourrure de Cendrillon…Quelle diversité ! Concernant la peinture, sa luminosité crue fait des merveilles comme dans l’œuvre de Tamara de Lempicka que je ne pouvais pas ne pas citer, tant elle l’emploie avec générosité, rehaussée d’autres touches très vives. Plus lugubre lorsqu’elle évoque des lividités morbides sur les corps, comme chez Egon Schiele (et sur la toile de Gauguin du jour, cependant sans cette connotation cadavérique), elle est omniprésente, associée au jaune d’or, chez les impressionnistes qui peignent en pleine nature. A noter le vert-olive et le vert plus vif de Véronèse (de son vrai nom Paolo Caliari) comme sur le bas du vêtement de Lucrèce, vert qui, dans sa palette habituelle, se situe normalement entre le vert émeraude et le vert-jaune. (A noter que cette couleur a été inventée 2 siècles après la mort du célèbre peintre vénitien en hommage à la maîtrise des tons verts dans ses tableaux). L’écrivain Théophile Gautier, grand amateur de peinture ne tarissait pas d’éloges sur les talents de coloriste de Véronèse : « Il obtient par juxtaposition des nuances d’une fraîcheur exquise qui, séparées, sembleraient grises et terreuses. Personne ne possède au même degré ce velouté, cette fleur de lumière ».
Quant aux poèmes proposés ce jour, l’incontournable Maurice Carême et ses comptines font chanter la verdure, comme symbole du printemps et de l’enfance ; et puis ce poème étrange sur le « rayon vert » qui demande quelque explication. Voici ce que je peux vous en dire après recherches : « Les rayons verts sont des phénomènes optiques extrêmement rares qui se produisent parfois juste après le coucher du soleil. Lorsque les conditions sont parfaites, un rayon vert est visible au-dessus du bord supérieur du disque du soleil. Le rayon vert ne dure pas plus qu’une seconde ou deux. Ils se produisent parce que l’atmosphère sépare la lumière en différentes couleurs (…) En raison de sa présence peu fréquente, le rayon vert, apparaît comme une allégorie du désir de ce que nous ne pouvons pas avoir. Il est associé à la frustration, mais aussi à l’imagination, au désir, avec des connexions entre possible et impossible. (Source Fermin Jimenez Landa)
Et voici ce qu’en dit le poète lui-même dans son commentaire : « Le rayon-vert, connu des pilotes de jonques seulement, est cette lueur instantanée que le Cruel Satellite projette comme une aube rouge avant de mourir. Il s’agit d’un seul rayon, le dernier. Certains le nient. D’autres y croient, regardent vers lui tous les soirs, et ne désespèrent point. De là, transposition au moment, vert également, et qui n’est point le rouge instant ni l’heure bleue ni rien de ce que les sentimentalismes éduqués ont donné de fadeurs ».
Je ne sais pas si je vous ai éclairé(e)s (d’une lueur verte ?), toujours est-il que ce poème est surprenant, par son thème, mais aussi dans sa forme, les césures et les vers sont irréguliers, le style est heurté, les rimes existent, mais de façon anarchique, ou pas, cependant l’ensemble donne cette étrangeté qui convient au sujet… On peut, peut-être, l’expliquer par la profession de Segalen, médecin militaire, ou par son état dépressif, qui l’a tué à 41 ans ; son parcours, fait de névroses et d’expéditions vers des lieux exotiques (Polynésie, Chine, Orient), sa jeunesse écourtée et son style, peu académique, me font penser à Rimbaud, mais cela est très subjectif. Qu’en pensez-vous ?
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