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La page poésie d'Odile : « Les espaces du sommeil »

1 Juin 2026 , Rédigé par verdon-info Publié dans #Image et poésie

La page poésie d'Odile : « Les espaces du sommeil »

Quelques mots sur « Les espaces du sommeil »

J’ai choisi ce poème de Robert Desnos car une amie me l’a envoyé récemment et je dois reconnaître qu’il m’a immédiatement touchée et inspirée. Il est très émouvant par l’évocation de ces deux univers mystérieux : la nuit et le sommeil. Dans le titre « Les espaces du sommeil », la métaphore de l’espace ajoutée au pluriel donne son immensité au sommeil qui n’a pas de limites, comme la nuit. D’ailleurs les métaphores et les anaphores sont les points forts (entre autres) de ce poème. La nuit peut être un univers merveilleux et magique où tout est possible mais aussi un lieu de peur, de mort, de crime. Desnos joue sur les 2 tableaux. On comprend qu'il s'agit de la description d'images oniriques, entrevues au cours de phases de sommeil. Les phrases sont essentiellement courtes et imagées, les idées et sujets s'entrechoquent, les répétitions se succèdent, ainsi que les fantasmes. Des vers libres, des enjambements, des mots inventés (« médusantes »). Ce style d'écriture est bien le marqueur surréaliste du poète. Cependant, on peut noter que, malgré tout, ce texte est bien construit, se conforme à de nombreuses figures de style très classiques, par exemple ces anaphores* : « dans la nuit », « il y a » et surtout le « toi » récurrent qui revient en refrain au bout de couplets assez réguliers (3/4 vers): « il y a toi », présence obsédante de la personne aimée, absente du réel, présente dans les rêves. Le contraste entre ce sobre « toi » et l’abondance et l’immensité de la nature rend ce « toi » encore plus percutant : la femme, elle seule, se distingue du reste du monde, surtout du pluriel qui est beaucoup employé. 

On trouve même un alexandrin : « moi qui me poursuis ou sans cesse me dépasse », un comble pour un surréaliste qui se détache de toute contrainte littéraire et prône la liberté d’écriture. A noter l’important champ lexical de la nuit et du rêve bien entendu : « nuit », « sommeil », « yeux clos », « rêves » (plusieurs répétitions). La nuit, univers merveilleux, de la fiction, du fantastique (« d’étranges figures » « lumière blafarde » et « essieux qui grincent » ainsi que « les forêts » avec ses « créatures de légende », les « merveilles du monde » en référence à la fantasy) ; où on trouve également le pas du promeneur, celui de l’assassin et celui du sergent de ville, en référence à un roman policier. Mais c’est aussi le lieu des illusions : « mirage », « charme », « métamorphoses », « illusion ». La nuit rend possible les antithèses** et a le pouvoir de réunir les contraires : « la grandeur et le tragique », « l’assassin » et « le sergent », le « crépuscule » et « l’aube » ; les lycéens pourraient aussi y étudier le paradoxe : « quand je ferme les yeux, des floraisons phosphorescentes apparaissent » ; ou les propositions inversées : « toi (…) que je ne connais pas, que je connais au contraire ». 

A noter comme l’analyse du sommeil est juste, détaillé. « ça sent le vécu », comme on dit aujourd’hui, et c’est ce qui nous touche. Les 5 sens sont évoqués, surtout l’ouïe (« Un air de piano, un éclat de voix. / Une porte claque. Une horloge. », « le chant du coq », « le cri du paon », « les bruits ») ; la vue (« lumière », « yeux », « figures » les « merveilles », des « forêts »...) ; le toucher (« heurtent », « frisson », « mains qui se serrent », « palpable ») ; l’odorat (« parfums »). Ajoutons à cela les accumulations :« il y a naturellement les sept merveilles du monde et la grandeur et le tragique et le charme », « il y a le pas du promeneur et celui de l’assassin et celui du sergent de ville et la lumière… et celle du... ». L’anaphore du « Et » en début de vers, accentue la figure de style d’accumulation. Et aussi les allitérations (par exemple en F « ferme », « floraisons », « phosphorescentes », « fanent », « feux »), ou S :« naissent », « disparaissent », « apparaissent », « renaissent » qui donnent le caractère musical au poème en plus du refrain signalé plus haut.

Bref, ce poème est non seulement vibrant et émouvant dans son ensemble, car très musical, mais il est aussi une mine de tournures de style que nous avons à peine abordées et il mériterait d’être étudié de près pour sa richesse sémantique et poétique. 

Tant pis pour nos peintres du jour, nous les retrouverons une autre fois. Je vous renvoie à un autre poème de Desnos sur le même thème. https://www.poemes.co/reves.html-2

*Anaphore : répétition d’un mot en tête de phras

**Antithèse : association de 2 idées contraires

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