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Françoise Lucca :Montagne implacable et/ou admirable ?

17 Novembre 2025 , Rédigé par verdon-info Publié dans #Image et poésie

Françoise Lucca :Montagne implacable et/ou admirable ?
Françoise Lucca :Montagne implacable et/ou admirable ?

Montagne implacable et/ou admirable ?

Non, nous ne vous parlerons pas des géants de « là-bas, là-bas » où, depuis les plateaux les plus hauts, le piéton effaré ne voit des sommets mortels que de vagues formes perpétuellement noyées dans d’épaisses brumes. Pas de danse macabre sur l’Everest ou le K2. Peut-être, un jour, si vous êtes sages, vous raconterai-je ma propre rencontre avec le Kanchenjunga. Aujourd’hui nous resterons chez nous, aux pieds de cette montagne immortalisée par écrivains, peintres et poètes : la montagne Sainte Victoire. Ce n’est pas une faute d’orthographe ni un instant de distraction. Je dis « aux pieds » de Sainte Victoire car c’est bien là qu’une amie nous a entraînés, un après-midi de novembre. En admiration, en fascination, voire en dévotion, en tout cas en peinture avec Cezanne. Parmi les huit dizaines de toiles que cet éternel insatisfait a consacrées à « sa » montagne, elle en avait sélectionné sept (sans nous révéler comment ni pourquoi), et nous devions expliquer par écrit ce qu’elles nous inspiraient.

 Nous sommes restés longtemps le nez en l’air et l’œil dans les nuages de la perplexité. Cela arrive parfois pendant les ateliers d’écriture, lorsque le sujet est coriace. Nous sentions bien que nous devions aller plus loin que la louange des bleus et des ocres chers au peintre, l’obsession que créait cette silhouette hautaine, ce cœur battant en plein centre des tableaux, à peine entourée, et comme négligemment, de quelque décor comme d’une cour royale. Son odeur aussi, imaginée, inoubliable à peine perçue, de miel de lavande, de câprier et de pierre surchauffée. Trop de beauté rend muet. Au bout d’un long moment, en enfants sages, nous avons remis nos papiers… et caché nos stylos mordillés.

C’est alors que, dans le soulagement général qui suit une épreuve délicate, une petite voix s’est élevée, un peu rêveuse : « Moi, la Sainte Victoire, je ne l’ai jamais vue que de la fenêtre du train, quand nous rentrions à Marseille où la vie nous avait exilés. La lumière du soir toute dorée sculptait ses flancs. Cette vision presque irréelle nous accompagnait quelques minutes avant de s’effacer. C’était toujours le moment où mon père, « ce héros au sourire si doux » mais aux émotions théâtrales, bondissait de sa banquette, bousculant tout le monde et se jetait sur la fenêtre en s’écriant de sa belle voix de stentor : « La Sainte Victoire ! c’est ELLE, regardez tous comme ELLE est belle ! Vedi Napoli e poi muori !  Voir Sainte Victoire et puis mourir ! » Là, mon cher Papa se mélangeait un peu les pédales avec Dumas, Goethe, Hugo et Stendhal … 

Ma mère le ramenait alors doucement à notre banquette. Ce qui ne l’empêchait pas de prendre à partie son plus proche voisin : « Avez-vous vu cette splendeur ? Comment pouvez-vous vivre encor ? » 

Un soir, le plus proche voisin répondit doucement : « J’habite Aix ». Penaud, mon père se tût et depuis lors, endura son enthousiasme en silence.

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B
Merci pour ce vibrant hommage à la Ste Victoire, Françoise, et indirectement à mon atelier d'écriture autour de ce géant de Cézanne. C'est vrai que pour les gens du coin, et je le vois tous les jours avec mon mari qui est né dans la Grand rue de St André les Alpes, toutes les merveilles qui nous entourent (le lac de Castillan par exemple), font partie d'un paysage tellement familier qu'ils ne le remarquent plus : c'est chez nous, on connaît, oui c'est beau, on le sait. Moi je ne suis pas comme ça. Je passe depuis..XX .années devant le lac, devant nos montagnes et chaque fois je me dis, et je dis : "que c'est beau tous ces reflets avec cette lumière rose" ; "c'est magnifique la surface du lac sous la pluie" , "qu'il est beau le Verdon l'hiver quand il n'y a plus d'eau au lac, on dirait la lune ! " etc.etc. Je ne m'habituerai jamais à toute cette beauté ! <br /> Il ne faut JAMAIS s'habituer à la beauté et la déguster tous les jours.
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