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15 Novembre 2025 , Rédigé par verdon-info

Quelques mots sur la page « Regards d’un collectionneur »

 

Que peuvent bien avoir en commun les peintres Caillebotte, Lempicka, Picasso ou Renoir, pas grand-chose me direz-vous, sauf qu’ils sont tous de la période postimpressionniste à cubiste / surréaliste, donc fin du XIXè siècle /début du XXè, mais surtout ils font tous partie de la même collection "Regards d’un collectionneur". Ces chefs-d’œuvre sont réunis à Aix en Provence par Oscar Ghez, grand collectionneur du XX siècle. A savoir qu’elles sont habituellement conservées au Musée du Petit Palais à Genève. Pour notre plus grand bonheur c’est la ville d’Aix qui les accueille, donc à portée de notre regard à nous. Les œuvres que j’ai choisies font toutes partie de cette collection inestimable. J’ai un petit faible pour Tamara Lempicka qui, bien qu’à tendance cubiste, propose des représentations stylisées de femmes (souvent à sa propre image) idéalisées et sophistiquées, d’une précision chirurgicale, dont les perspectives aiguës et les reflets aux tons très colorés de vert bleu ou rouge, apportent beaucoup de relief et de charme. Que dire du nu de Valadon qui est d’une sublime luminosité se détachant sur fond de camaïeu grenat, ou du Pont de Gustave Caillebotte avec ses éternels promeneurs chapeautés ? Que du bien évidemment. Félix Vallotton est peut-être moins célèbre mais très prolifique dans plusieurs domaines, c’est un peintre-illustrateur Franco-Suisse dont les xylographies en noir et blanc, très réalistes et au trait précis, méritent d’être connues*. Il est également sculpteur et écrivain. Ses peintures un peu naïves étalées en larges plaques très colorées me font penser aux nabis auxquels il se rallie en fin de carrière ; pour ma part je le compare un peu à Nolde et ses grands aplats aux tons vifs.

Puisque cette exposition s’intitule « Regards », je n’ai pu m’empêcher d’y joindre ceux d’Eluard et de Marceline Desbores-Valmorte. Dans ce cas de figure, il s’agit non pas de regards d’experts, mais bien de regards amoureux. Peu importe, les yeux sont le miroir de l’âme comme dit le poète, et Eluard a dépeint ceux d’Elsa comme personne. A noter l’anaphore « Elle » répétée comme une incantation envers une idole et le champ lexical dédié aux yeux et au corps (debout, paupières, yeux -2X- cheveux, mains, dormir) rend ce poème très sensuel (« elle ne me laisse pas dormir »). Pas de ponctuation, comme le plus souvent chez Eluard, mais une force liée à la simplicité du vocabulaire, au choix des mots qui claquent, adoucis cependant par l’allitération en M qui rappelle l’amour. Marceline Desbordes-Valmore est tout l’opposé, tant par le style, la versification (alexandrins) que par le choix des images.

Les mots d’amour riment avec toujours et tendresse avec tristesse ; l’âme, le cœur, le ciel et les étoiles, tout y est mais version « girly », comme on dit maintenant, pour ne plus dire « fleur bleue » ou « à l’eau de rose », selon la couleur que l’on préfère ; avec une apothéose : la personnification du ciel dans la deuxième strophe. Je ne raille absolument pas, je souris devant la délicatesse de ce poème un peu mièvre, certes, mais on aime tout de même ce style ampoulé caractéristique du romantisme qui faisait tourner de l’œil les demoiselles. « Cache-moi ton regard » en tout début et « Attache-le sur moi », une contradiction genre -« je t’aime, moi non plus »- bien attendrissante.

Deux périodes, deux styles, mais que du plaisir pour les lectrices(eurs).

 

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L
Bonsoir. Si on rendait à Cicéron ce qui est à Cicéron ? Quant à Mme Desbordes Valmore, malgré le langage un peu ampoulé de l'époque, sa vision d'un regard fascinant auquel on ne peut échapper fait plutôt frémir que sourire. Cette évocation du tentateur de l'Eden : "pour les infortunés son charme est un poison" est puissante et non mièvre. Ce poème n'attendrit pas, il donne froid dans le dos. Et s'il vous plaît, prenez garde à "girly": associer féminité et médiocrité mollasse peut être considéré comme insultant ! En ces temps de féminisme à tout vent, on n'est jamais trop prudent-e.
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