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la page poésie d'Odile :« Bonnard peintre de la couleur »

1 Mars 2024 , Rédigé par verdon-info Publié dans #Image et poésie

la page poésie d'Odile :« Bonnard peintre de la couleur »

Quelques mots sur la page « Bonnard peintre de la couleur »

 

Pourquoi Bonnard aujourdhui ? Tout simplement parce que fin janvier est sorti le film : « Bonnard Pierre et Marthe », et donc ce « peintre du bonheur », comme on le surnomme, est mis à l’honneur en ce moment. Ce qui frappe au premier regard ce sont les couleurs vives de ses tableaux, comme pour ceux de Gauguin qu’il admire profondément. Postimpressionniste, certes, (« il participe à la fondation du groupe postimpressionniste des nabis, qui exaltent les couleurs dans des formes simplifiées », autrement dit la peinture de Gauguin), mais Bonnard ne tient pas à être rattaché aux « modernes » : ni aux fauvistes, cubistes ou autres surréalistes. On peut noter que dans le film, l’acteur, qui a pris des cours de peinture pour le rôle, s’applique à donner des coups de pinceau à petites touches  « impressionnistes ». On peut aussi constater qu’au fil de sa longue carrière de peintre, sa palette est de plus en plus riche et éclatante, ce qui fait de lui l'un des plus grands maîtres de la couleur de son temps, malgré sa discrétion et sa simplicité de goûts et de vie (qu’il passe avec sa femme Marthe à la campagne –Normandie ou Provence-)

Les poèmes choisis sont on ne peut plus opposés : la simplicité de la comptine de Maurice Carême vs la complexité d’un des textes les plus énigmatiques d’Arthur Rimbaud. Cette fois ce n’est pas un hasard, c’est voulu. Il faudrait des heures rien que pour commenter Rimbaud. D’abord la correspondance des voyelles et des couleurs. Elle est subjective, car nombreux sont les rapprochements qui sont faits entre les lettres et les différents tons. Chacun peut s’amuser à y voir des analogies. L’association aux images est plus facile : le noir des mouches, le blanc des glaciers ou des ombelles, le vert des prairies ou des océans, le rouge du sang et des lèvres, le bleu des yeux. Tout cela est clair. Mais quel est le rapport avec le choix d’une des voyelles ? Mystère d’un esprit torturé de génie. Pas le son apparemment -à part peut-être le I de rire et ivresse- ; peut-être la forme. En effet les plus imaginatifs pourront voir les ailes d’une mouche dans les branches du A ou l’arrondi de l’embouchure du clairon dans le cercle du O. Mais qu’importe. Cela fonctionne, et drôlement bien ! Je trouve qu’on ne peut ignorer la similitude avec les « Correspondances » Baudelairiennes (et oui, encore lui !) : « Les parfums, les couleurs et les sons se répondent ».

Ce qui est étonnant dans ce poème c’est l’opposition entre la modernité du texte et le classicisme de la forme (alexandrins, rimes riches pour la plupart féminines), et il s’agit d’un vrai sonnet (bien qu’irrégulier dans la construction des rimes), c’est-à-dire deux quatrains et deux tercets. Mais la conformité s’arrête là ; car on y trouve des termes inventés (ce que l’on appelle des néologismes et que Rimbaud affectionne) : « bombinent » » pour « bourdonnent » « vibrements » pour « vibrations » et « strideurs » pour « stridences » ou « stridulation » ; sans oublier le mot « studieux » décomposé en stu-di-eux pour que les pieds fassent le bon compte. A noter aussi le décalage du « E », au premier vers de la deuxième strophe, car, attention, le début du vers se rapporte à la phrase précédente.

Un mystère donc que ce poème, mais un magnifique mystère ! On pourrait y trouver pléthore de détails à souligner. De nombreux érudits s’y sont cassé les dents. Je le soumets à votre propre analyse, et surtout laissons-nous simplement bercer par sa musique, ne dit-on pas que décortiquer un poème lui enlève de son charme ?

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