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La page poésie d'Odile : « Hugo…peintre »

28 Août 2021 , Rédigé par verdon-info Publié dans #Image et poésie

La page poésie d'Odile  :   « Hugo…peintre »

Quelques mots sur la page « Hugo…peintre ».

 

Pour Hugo, l’écriture et le dessin sont intimement liés. Il a toujours griffonné, esquissé, en face de ses écrits, non sans talent. J’ai donc choisi d’associer à ses propres toiles un poème sur l’art, par respect pour l’homogénéité de son œuvre. On pourrait dire vulgairement qu’il a « un sacré coup de crayon ». Lorsqu’on connaît également ses traits de plume, on peut aisément concevoir que son talent éclate partout. Cependant, personnellement, si je reconnais la beauté de son œuvre de peintre, la force de ses créations, je dois dire qu’elles me perturbent trop pour que je les apprécie à leur juste valeur. Je les trouve lugubres, (et encore, je n’ai pas choisi « le pendu » !)…A dire vrai, elles me font peur. Les tons noirs, gris ou fauves qu’il emploie presque exclusivement, me mettent mal à l’aise et le résultat est glauque -il lui arrivait de peindre avec du café ou du vin- (mais on ne peut y être indifférents ce qui en prouve la valeur d’ailleurs). Il affirme qu’il « aurait voulu, et il aurait pu, être Rembrandt », cela peut paraître présomptueux mais on doit reconnaître qu’il manie presque aussi bien que lui les clairs obscurs ! Un peu trop obscurs à mon goût d’ailleurs. (Je vais me faire maudire par les puristes, mais à chacun sa sensibilité !) Je vous conseille d’aller voir ses toiles sur écran pour mieux les apprécier. (voir lien en fin de texte).

Venons-en au texte. Victor Hugo, à travers "l'art et le peuple”, montre son combat pour la liberté du peuple ; (comme dans le célèbre tableau d'Eugène de Lacroix – qui l’inspire beaucoup- : « La liberté guidant le peuple. »). Dès le premier vers, Hugo définit l’art : “ L’art, c’est la gloire et la joie”. En deux mots il met les choses à leur juste place. En effet, à cette époque, la France est dominée par des valeurs très matérielles : l’argent et le pouvoir. La poésie est donc pour Victor Hugo une protection des valeurs essentielles, notamment la liberté. Il compare d’abord l’Art au soleil (1ère strophe), puis à un grand champ (2ème strophe), puis à la pensée humaine (3ème strophe), il l’universalise. Selon lui, l'Art exalte le peuple : remarquez le champ lexical de la fraternité et de l’honneur : “ gloire, fraternel, âme ”... 

 

En outre, si l’art embellit la réalité, il a aussi un rôle à jouer au niveau social. En effet, au-delà de la contestation, qu’ils se font un devoir de promouvoir, les artistes exercent aussi une influence fascinante, quasiment un pouvoir magique : "L’art c’est la pensée humaine - Qui va brisant toute chaîne." Ces autres vers : "L’art, splendeur universelle - Au front du peuple étincelle" montrent que l'art et le peuple sont deux notions qui sont liées. Puis, lorsque le poète répète l’anaphore "peuple" dans ces vers à valeur d’aphorisme* (“Peuple esclave, il te fait libre – Peuple libre, il te fait grand.”)  Il est clair qu’il lance une exhortation à la lutte et le peuple ne peut qu’y répondre avec force, enthousiasme et respect.

 On peut se demander à quel art le poète fait allusion : l’écriture, bien sûr, puisque le poète est là pour aussi faire passer des messages, mais l’art principal cité dans le poème est la musique. Le verbe « chanter » apparaît à plusieurs reprises, notamment avec l’anaphore : “ Chante ta chanson paisible” – “Chante l’amour à voix basse”- “Chante la sainte Italie”... Le champ lexical du chant est très présent : “ voix”, “chantent”, “chante”, “chanson”, “chœur”. Et nous pouvons comparer le poème lui-même à un chant épique. L’union des voix (chœur) représente l’union des esprits, la solidarité du peuple.
Notons également le champ lexical de la guerre : “ gloire”, “flamboie”, “conquérant”, “sang” ou “tyrans”... D’ailleurs, étonnamment, Hugo fait l’apologie de la guerre, (il n’est pas le seul : souvenons-nous du « Dieu que la guerre est jolie » d’un de ses lointains successeurs Apollinaire) mais surtout l’éloge de la France en la magnifiant : “bonne France invincible”, “l’espérance du monde”, “grand peuple”. En fait, ce poème est rédigé lors de la révolution de 1848 qui a éclaté un peu partout en Europe, et seule la révolution française n'a pas été réprimée. Pour beaucoup la France est un "phare" qui doit guider les peuples vers la liberté, alors que l'Autriche, la Russie, la Prusse semblent être le domaine de tyrans qui exterminent le peuple (« sang pur » qui s’oppose au « sang impur (des ennemis) qui abreuvent nos sillons » dans la Marseillaise) : “ La Pologne ensevelie”, “Naples qu’un sang pur rougit”, “ La Hongrie agonisante”... A travers ces oppositions, le poète livre une vision patriotique: “grand peuple fraternel”, “le travail fait la gaité”, “Que toutes les voix de l’âme chantent en chœur à la fois !” la thématique de la liberté: “brisant toute chaine”, “ libre”, " cœur pacifique" est très présente... Hugo montre ici une nouvelle fois son combat pour la liberté, et pas seulement un combat pacifique par la plume.
Comme un grand nombre d’écrivains de son temps, Victor Hugo s’intéresse à la vie politique et tient à y participer. (Comme Lamartine, Stendhal par ex.)
Pour lui, le poète a une responsabilité de vigilance, il est un "lanceur d’alerte", comme on dirait aujourd’hui, il veille à influencer les gouvernants et l’opinion, cela fait partie de sa mission. C’est ce qu’on appelle un poète engagé. A noter les nombreuses phrases exclamatives qui traduisent les fortes émotions de l’auteur mais aussi son enthousiasme, l’exhortation à la lutte etc. Sans compter le « Ô » emphatique de l’invocation, cher aux Romantiques, qui déifie la France et le peuple, qui honnit le tyran. 

Pardon à Anne, -la personne qui a étudié ce texte avant moi- pour avoir complété son interprétation (avec humilité, car ce texte pourrait inspirer des dizaines de pages). Je lui laisse, moi aussi, la parole : 

« Son but (du poète) est de donner la parole à ceux qui ne l’ont pas ou qui ne savent pas l’utiliser. Ainsi, pour Hugo, l’art doit « réveiller le peuple », c’est-à-dire le sortir de la torpeur où le maintiennent le mensonge, la propagande, la peur, la lâcheté ou l’art officiel. La poésie doit éduquer, éveiller les consciences, et même aller jusqu'à guider le peuple. La force de la poésie en fait donc une arme à mettre au service de grandes causes de l’engagement politique et social. La vision symbolique qui émane de ce poème incite donc les artistes à s’engager » **.

 

*Aphorisme = Sentence

 

**Sources pour la dernière partie de ce commentaire : Revue Paradoxes, 4 : « L’Art et le peuple ». (Explication de texte librement inspirée du très bon commentaire de « L’art et le peuple » de Victor Hugo, par Anne que je remercie) 

A voir : Victor Hugo peintre : 

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