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Actualites locales Moyen et Haut Verdon...

La page poésie d'Odile : LE DERNIER POÈME

2 Août 2014 , Rédigé par verdon-info Publié dans #Image et poésie

 

Etrange ce poème de Desnos, étrange ce style, cela ne lui ressemble pas je trouve, mais un poète n’est jamais tout à fait le même ni tout à fait un autre, il aime et se comprend…(Désolée pour ce petit plagiat de Verlaine…) ; cette répétition d’un même mot lui est plus coutumière, mais d’ordinaire il lui donne un effet comique ( rassemblez vos souvenirs d’enfance et rappelez-vous la poésie rigolote « La fourmi » : « ça n’existe pas, ça n’existe pas »).

LE DERNIER POÈME

J’ai rêvé tellement fort de toi,
J’ai tellement marché, tellement parlé,
Tellement aimé ton ombre,
Qu’il ne me reste plus rien de toi.
Il me reste d’être l’ombre parmi les ombres,
D’être cent fois plus ombre que l’ombre,
D’être l’ombre qui viendra et reviendra
Dans ta vie ensoleillée.

          Robert DESNOS

Je viens de trouver (je ne le savais pas), pourquoi cela me semblait si étrange. Il s’agit en fait de la traduction de la dernière strophe (en tchèque) d’un poème qu’il avait écrit avant la guerre et qu’on a retrouvé sur lui dans le camp de concentration où il est mort. Lisez, c’est étonnant, bouleversant même. LUMINEUX tout d’un coup !

J'ai tant rêvé de toi que tu perds ta réalité.
Est-il encore temps d'atteindre ce corps vivant
Et de baiser sur cette bouche la naissance
De la voix qui m'est chère?

J'ai tant rêvé de toi que mes bras habitués
En étreignant ton ombre
A se croiser sur ma poitrine ne se plieraient pas
Au contour de ton corps, peut-être.
Et que, devant l'apparence réelle de ce qui me hante
Et me gouverne depuis des jours et des années,
Je deviendrais une ombre sans doute.
O balances sentimentales.

J'ai tant rêvé de toi qu'il n'est plus temps
Sans doute que je m'éveille.
Je dors debout, le corps exposé
A toutes les apparences de la vie
Et de l'amour et toi, la seule
qui compte aujourd'hui pour moi,
Je pourrais moins toucher ton front
Et tes lèvres que les premières lèvres
et le premier front venu.

J'ai tant rêvé de toi, tant marché, parlé,
Couché avec ton fantôme
Qu'il ne me reste plus peut-être,
Et pourtant, qu'à être fantôme
Parmi les fantômes et plus ombre
Cent fois que l'ombre qui se promène
Et se promènera allègrement
Sur le cadran solaire de ta vie.

Corps et biens, 1930

 

Klimt Gustav- Mort et vie

Klimt Gustav- Mort et vie

Ce dernier poème de Robert Desnos, écrit en camp de concentration, a une drôle d'histoire! Pas étonnant que je le trouvais bizarre! Je vous la livre telle que je l'ai lue, c'est étonnant.

J'y ai associé une toile de Klimt, que j'aime beaucoup, mais celle-ci est un peu morbide, elle allie beauté et laideur, couleurs et ombres, la limite entre la mort d'un côté et la vie de l'autre est ténue, vu que les personnes du groupe dorment, on dirait qu'ils vont mourir ou sont déjà morts! Aussi étrange que le poème ce tableau! J'ai choisi comme musique d'accompagnement le requiem de Berlioz, il ne déparera pas non plus le poème lugubre de Desnos!

L'espace Verdon info a été créé pour le partage d'informations sur les communes, associations... Sur certains billets, des photos , des vidéos, des audio et des textes sont mis en ligne pour plus de convivialité. Cependant si des personnes sont opposées à certaines publications, ou si certaines informations s'avèrent erronées, il suffira de m'en informer en le notifiant directement sur le billet avec le commentaire, ou par mail ; je ferais mon possible pour y remédier , merci de votre compréhension.

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Je vous souhaite bonne visite sur cet espace , le webmaster

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O
Cher Jean-Michel, je suis ravie de savoir enfin qui se cache derrière ce prénom, cela enlève une partie du mystère, mais bon, c'est bien agréable tout de même...Au plaisir de vous lire, c'est toujours un très bon moment car de tels échanges se font rares!!
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J
Ce poème est en effet devenu un mythe. Quand on le lit il rappelle immédiatement la strophe d'un autre poème écrit une vingtaine d'années plus tôt, contenant, celui-ci, le plus célèbre de ses vers curieusement absent ici, un vers qui donne à tous à réfléchir : "J'ai tant rêvé de toi que tu perds ta réalité". Depuis on croit savoir qu'il s'agit d'un seul et même poème passé à la moulinette d'une traduction/retraduction dont les effets pernicieux nous sont maintenant bien connus grâce aux traducteurs automatiques dont nos ordinateurs sont emplis.
D'où le mythe : ce poème a-t-il été réellement écrit en camp de concentration ou s'agit-il d'un hommage dédié par la personne qui a découvert le poète mourant ? En tout cas il méritait d'avoir été écrit là-bas et c'est tout ce qui compte maintenant.
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