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Actualites locales Moyen et Haut Verdon...

La forêt envahit la ville ! Escalade dans l’imaginaire urbain ! par Françoise Lucca

1 Septembre 2025 , Rédigé par verdon-info Publié dans #Image et poésie

La forêt envahit la ville ! Escalade dans l’imaginaire urbain ! par Françoise Lucca
La forêt envahit la ville ! Escalade dans l’imaginaire urbain ! par Françoise LuccaLa forêt envahit la ville ! Escalade dans l’imaginaire urbain ! par Françoise Lucca
La forêt envahit la ville ! Escalade dans l’imaginaire urbain ! par Françoise Lucca

La forêt envahit la ville ! Escalade dans l’imaginaire urbain !

L’imaginaire urbain a pris un sacré coup lorsque, au début du XVIIè, phénomène aggravé aux XIXè et XXè siècles, on a politisé les noms des rues et substitué à leurs dénominations traditionnelles les patronymes de Messieurs X et Y, aux mérites le plus souvent oubliés du passant. Pourtant Rue du lavoir, Montée de l’église, Impasse de la tranquillité, Chemin de la peine, voilà qui renseignait et parlait … Nous avions toujours cru qu’il fallait aller au Québec ou aux Antilles pour goûter cette couleur locale disparue. Nous pensions que, par ici, le record du nom de rue insolite était détenu par Antibes, qui a su garder à ses rues et ses petites routes des monts et vaux leur nom délicieusement désuet de Chemin. 

Enveloppant d’un bras tendre une colline douce qui respire l’air de la mer toujours présente, le nôtre de chemin était bordé de serres pour les tomates, gloire locale, et pour les roses et œillets destinés aux parfumeries de Grasse. Quand nous fîmes sa connaissance, il était très vacant, peu construit, ses trottoirs déserts. Sa vastitude ouverte à tous les regards était un soulagement après la fameuse ex-« Nationale 7 » et le rucher du centre-ville. Au sommet de sa courbe, par terre, une très grosse pierre de taille rappelait qu’en ce lieu tranquille, un monastère discret avait abrité quelque temps un petit ordre provençal de moniales cloîtrées, consacré à la prière pour le salut des âmes du Purgatoire. A la Révolution, dans le grand balayage des congrégations, le bâtiment avait été démoli et les nonnes dispersées. L’énorme bloc blanc couché dans l’herbe a disparu. Le nom est resté. Même si les habitants des barres de grands immeubles qui cachent aujourd’hui l’horizon de mer, ne savent plus son histoire et délaissent effrontément les pauvres âmes souffreteuses d’un purgatoire démodé, ils sont très attachés au nom de leur chemin et l’ont âprement défendu contre des tentatives d’accaparement au profit d’illustres inconnus.

 

Et voilà que le monde vacille ! nos certitudes tremblotent ! Nous avons appris qu’à la suite de Manosque et de Banon, un village des Alpes de Haute Provence fait plus que menacer cette supposée suprématie littorale, il l’écrabouille ! Arrimé à sa montagne austère, à cheval sur son col, au bord d’une des routes les plus connues et empruntées de France, il se singularise pour avoir choisi comme nom à une de ses places, celui d’un héros modeste de la littérature, Elzéar Bouffier, création de Jean Giono. 

L’Homme qui plantait des arbres ! Inouïe, cette intrusion d’un personnage imaginaire dans cette pléiade d’hommes qui ont véritablement existé. Prophétique ? Quelle perspective enivrante ! A nous le boulevard d’Artagnan, l’avenue Fadette, la place Carmen ! 

 

Outre cette gloire inattendue d’orner aujourd’hui une place de Vergons, ce berger taiseux et solitaire, à la démarche entêtée et secrète, vient de trouver une nouvelle illustration grâce à la parution récente chez Elan Vert, d’un …quoi au juste ? livre, carnet ? léger, cartonné, arrondi aux bords, ceint d’un élastique, on dirait ce « Mon Journal » auquel nos aïeules, jeunes filles, confiaient leurs rêves innocents, d’une plume « Sergent major » appliquée. A l’intérieur de cette Forêt d’Elzéard, un joli récit, des dessins, des tableaux de Van Gogh bien choisis, dont un magnifique portrait de notre célébrité sans visage… 

La nouvelle de Giono, une œuvre pour la littérature d’enfance et de jeunesse ? Le semeur d’arbres, un mythe ? La bonne blague ! Si ce mythe permet de passer d’un lieu de « désolation » à un « locus amoenus », tant mieux pour les villages, leurs habitants et pour nous, promeneurs amateurs de raretés et d’énigmes. Vive le mythe de la forêt dans la ville, un « fameux moyen d’être heureux » (Giono, Lettre au conservateur des Eaux et forêts de Digne, mai 1957).

 

F. LUCCA

 

Note pour les enragés : article de D. Bardariotti : Les noms de rue en géographie ; plaidoyer pour une recherche sur les odonymes.  Persée ; Annales de géographie 2002, 625, p. 285-302

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B
Que dire de notre "Chemin des vertus" à St André ?? Le légende nous dit que ce chemin ombragé, jadis peu habité et à l'écart du village, cachait les amours clandestines...Dans ce cas "vertus" pourrait vouloir dire "petite vertu?" ou bien le lieu où les filles perdaient leur vertu ?? A creuser, Françoise...
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L
Salut, salut, je n'avais pas vu le dernier arrivage ! je suis affreusement déçue ! si ce Chemin qui fut feuillu n'a vu que quelques jupons retroussés, il perd beaucoup de son attrait ! moi qui croyais qu'il s'appelait ainsi parce qu'il menait au cimetière !!! car il est bien connu que lorsque se pointe la Camarde, les vertus oubliées renaissent précipitamment et dans le désordre, telles un troupeau de brebis coincé dans une draille. Je n'ai pu mentionner dans mon article la "Traverse de la lune" à Digne. Il y en a tant qui me sont chers, de ces noms d'autrefois ! la "Rue brûlée" d'Antibes, mémoire d'un épouvantable incendie d'antan, et top du top, la dénomination, sur la Grande corniche : Plateau de la Justice, impasse.
P
Bjr, je vous signale à Lille une rue d'Artagnan et même un square Aramis.
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L
Merci PrOP ! on m'a signalé également des rues d'Artagnan dans plusieurs villes (dont Auch, Marseille, Toulouse, Pau). Il faudrait une étude approfondie ! Mais M. Bardariotti refusant de s'intéresser aux communes de moins de 65 000 habitants, pour nos villages, on l'a dans l'os, à moins de nous en charger, nouz'ôtres ! Pour Lille, il est assez difficile de savoir qui, du personnage imaginaire ou du personnage historique, a été choisi. : Charles de Batz de Castelmore, de son vrai nom, a été gouverneur de Lille quelques mois en 1672 (où il semble avoir donné des preuves d'un caractère irascible). Je veux bien, dans l'article, remplacer d'Artagnan par un héros totalement inventé, mais vous en avez beaucoup, vous, des personnages littéraires de ce calibre, si pugnaces, encore si vivants, et d'Occitanie en plus ???