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Actualites locales Moyen et Haut Verdon...

La robionnaise : le texte de Francis Martel lors de l'inauguration de la restauration de la Chapelle Saint-Thyrse

3 Juin 2026 , Rédigé par verdon-info

La robionnaise : le texte de Francis Martel lors de l'inauguration de la restauration de la Chapelle Saint-ThyrseLa robionnaise : le texte de Francis Martel lors de l'inauguration de la restauration de la Chapelle Saint-Thyrse

19ème siècle

La vie à Robion sous la bienveillance de la Chapelle Saint-Thyrse

 

Bonjour à tous. Nous nous tenons devant une très vieille dame qui, en presque mille ans, a subi de nombreuses restaurations mais dont l’emplacement et le clocher ont traversé les siècles tels que nous les voyons aujourd’hui. 

Il nous est difficile d’imaginer son environnement à sa naissance, lorsque fonctionnait l’établissement hôtelier en haut de côte, le long de la voie qui reliait Draguignan à Castellane. Sans doute la vie s’améliorait-elle, après les terribles périodes d’invasions qui succédèrent à la décadence de l’Empire Romain. Le nouveau chef de bande local devenu « seigneur » a voulu signifier son pouvoir, en accord avec la seule institution pérenne de l’époque : l’église.  

Qu’importe ! Les voyageurs n’avaient jamais cessé de passer par là, de même que les troupeaux en transhumance ; et Robion demeurait une étape connue, certainement importante puisque la route par Pont de Soleils n’existait pas. 

Les alentours de la chapelle Saint Thyrse, lieu de culte du village jusqu’au 19ème siècle, n’étaient alors que pâturages et cultures. 

Marcelle Isnard née Artaud, qui nous a quitté il y a peu, me le rappelait ainsi (en 2013) : 

« Le Robion des landes et des champs de cette époque n’existe plus : les bois ont immensément gagné et se referment sur l’espace agricole. Nous allions relativement loin récolter des branchettes et des rameaux secs pour le feu qui, cuisine oblige, brûlait toute l’année, même si les parents, au lever, utilisaient un petit gaz pour faire chauffer leur café. Pour l’allumage, nous ramassions aussi du genêt, sec de préférence. Parfois nous recoupions des troncs à la loube, mais c’était surtout le travail des adultes. Les jeudis et aux vacances, nous les accompagnions aux champs. Mon père labourait sous Le Brec, vers La Bastié ou aux Sagnes – des bois ou des buissons aujourd’hui. Pour augmenter le pacage, nos petites mains épierraient, débroussaillaient au bord des champs. »

Nous pouvons nous faire une petite idée de ce paysage pourtant déjà dégradé sur cette photographie de la chapelle vers 1930, prise par les services des Eaux et Forêts.

Plus que l’histoire, évoquons d’autres aspects de ce que fut la vie d’innombrables générations de Robionnais, à travers ce précieux témoignage de Marcelle Isnard née Artaud.

« Avec mon frère aîné d’un an, nous avions des jeux simples : celui qui, le plus vite, remplirait de cailloux sa banaste en osier, celui qui désherberait sa portion avant l’autre… Pareil pour la récolte des glands destinés aux cochons ou aux chèvres, pour le ramassage des pommes de terre. L’écorçage des amandes occupait de longues heures aux veillées où nous nous rendions plusieurs fois par semaine, du mi-automne au printemps. Nous avancions en famille avec la lampe-tempête, mais plus souvent à la lumière des étoiles ou de la lune. C’était au Grand, ou au Petit Robion où ne vivaient que trois familles : les Giraud-Paulet-Noël, les Noël, les Artaud. Mais il y avait déjà des maisons ruinées. »

Car, avec la révolution industrielle et l’ouverture de la route par Pont de Soleils à la fin des années 1800, Robion avait commencé un long déclin, que la Grande Guerre et la perte de quatre de ses jeunes n’avait fait qu’accentuer. Mais, pour les familles qui ne s’étaient pas exilées vers la Basse Provence, la vie continuait.

 « Mes parents travaillaient aux champs ; ma grand-mère s’occupait de nous et de la maison. Après un goûter constitué d’une tranche de pain et d’une barre de chocolat, ou d’un peu de confiture ou de miel, nous partions ramasser de l’herbe pour les lapins, rincer au lavoir les betteraves pour les cochons, puis préparer leur marmite. La fontaine-lavoir, à une soixantaine de mètres sous la maison, nous aurions pu nous y rendre les yeux fermés, y étant de corvée d’eau au moins quatre fois par jour. 

De mai à septembre, le jardin nous accaparait : arrosage, mauvaises herbes. Au temps des lavandes, nous faisions la course à qui finirait sa rangée. Les hommes fauchaient le foin, puis ce fut avec une moissonneuse rudimentaire. Tous les âges fanaient, andainaient, retournaient les andains, chargeaient en vrac la charrette attelée, la vidaient dans la grange. Nous sautions dans le foin, sur les meules, sur la charrette tirée par un tracteur à partir de 1963 seulement. L’automne voyait le ramassage des poires, des pommes que nous étalions dans une pièce à l’écart en essayant d’en conserver jusqu’au printemps, des prunes mises à sécher. Vers noël la mort du cochon était une fête. »

Il ne fait aucun doute que cette vie, dure et laborieuse, fut heureuse. Par-delà les rivalités, les contentieux inhérents à tout groupe humain, la conscience d’un destin commun, la solidarité pour les travaux saisonniers, le partage des épreuves et des joies unissaient les Robionnais. C’est un peu ce que nous essayons de réactualiser avec notre association patrimoniale locale. Nous rendons hommage à tous les anciens qui, avec dignité, firent vivre ce petit coin de terre, à travers la parole de Marcelle Isnard née Artaud. Elle résume le vécu de tous ceux qui nous ont précédés à Robion :

 

« Tous les jours fermer ou ouvrir aux poules, provisions de bois, provisions d’eau… J’ai donc très longtemps vécu sans électricité ni eau courante. Eté comme hiver, le jeudi, j’ai gardé avec mon frère les moutons toute la journée sur la montagne de Robion, alors que nous n’avions que dix ans. Pendant ce temps, pour payer leurs impôts en nature mes parents donnaient des journées de travail, comme cantonniers sur la route de Castellane par exemple. Le travail était notre vie, notre dignité, une évidence. Dès le plus jeune âge nous étions préparés à une existence de labeur, telle que j’ai vécu la mienne. »

Rédacteur : M MARTEL Francis

Président de l’Association « Pays et gens du Verdon »

Membre de l’Association « La Robionaise

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