CCAPV : la page numérique : Les algorithmes : la fabrique de vos recommandations
Vous faites défiler votre fil d'actualité sur Facebook, TikTok ou YouTube et soudain, une vidéo vous heurte. Un contenu violent, un discours haineux, une mise en scène choquante ou ridicule. Vous vous demandez comment cela a atterri là, parmi vos recettes de cuisine et vos vidéos de chats amusants. Ce n'est pas un hasard, et ce n'est pas non plus une erreur. C'est le résultat d'un algorithme de recommandation. Dans ce nouvel épisode de la Minute numérique, on va comprendre comment les plateformes de contenus et réseaux sociaux décident de ce qu'elles vous montrent, pourquoi elles peuvent parfois rater leur cible, et ce que vous pouvez y faire quand cela est possible.
Derrière chaque fil d'actualité ou page de recommandations de contenus se cache un algorithme de recommandation. Un algorithme, c'est une suite d'instructions qu'un programme exécute automatiquement pour prendre des décisions. Ici, la question est la suivante : parmi des millions de contenus disponibles, lequel vous proposer en premier ? Pour y répondre, ces algorithmes s'appuient sur une notion centrale : l'engagement. L'engagement, c'est tout ce qui signale qu'un contenu a retenu votre attention. Un « j'aime », un commentaire, un partage, mais aussi le simple fait de regarder une vidéo jusqu'au bout, de la mettre en pause, ou même de s'arrêter dessus quelques secondes avant de continuer à défiler. Pour la plateforme, chacun de ces gestes est une information précieuse : ce contenu vous a intéressé, peut-être même perturbé, peu importe, il vous a retenu. Et ce qui vous retient, on va vous en montrer plus, que ce soit positif ou négatif pour vous.
C'est là que réside le problème de ce genre de recommandations. Ces algorithmes n'ont pas été conçus pour vous montrer ce que vous aimez, mais ce qui vous retient. Or, les contenus qui provoquent une réaction forte, la colère, la peur, le dégoût, génèrent souvent plus d'engagement que ceux qui nous laissent indifférents. Ils sont aussi plus susceptibles de vous pousser à commenter pour exprimer votre rejet. Une vidéo choquante sur laquelle vous vous attardez quelques secondes, même pour vous interroger sur la raison de sa présence ici, envoie un signal positif à l'algorithme. Il en conclut, à tort, que ce type de contenu vous correspond.
À cela s'ajoute un autre mécanisme, moins visible mais tout aussi déterminant : la personnalisation du contenu par profil. Dès votre inscription, la plateforme commence à construire une image de vous à partir de vos données : votre âge, votre localisation, vos habitudes de navigation, les groupes que vous suivez, les heures auxquelles vous vous connectez, etc. Mais elle ne s'arrête pas là. Ces plateformes utilisent ce qu'on appelle le filtrage collaboratif : elles comparent votre comportement à celui d'autres utilisateurs jugés similaires, et vous proposent ce qui a fonctionné auprès d'eux. C'est ce mécanisme qui peut amener une personne à recevoir des contenus qu'elle n'a jamais cherchés, simplement parce que d'autres utilisateurs partageant un profil démographique proche y ont montré de l'intérêt. L'algorithme ne vous connaît pas : il connaît votre profil, et ce n'est pas la même chose.
Face à ces contenus indésirables, vos options sont limitées mais elles existent. Sur la plupart des plateformes, vous pouvez signaler un contenu ou indiquer que vous ne souhaitez pas en voir de similaires. C'est efficace à court terme. Mais en le faisant, vous confirmez à l'algorithme que vous êtes sensible à ce sujet, et vous entrez plus profondément dans sa logique. Ce phénomène s'appelle la bulle de filtre : à force d'interagir avec certains types de contenus, même pour les rejeter, le système affine votre profil et réduit progressivement la diversité de ce qu'il vous propose. Vous vous retrouvez dans un couloir de plus en plus étroit, où les contenus se ressemblent et se renforcent mutuellement.
Le réflexe naturel serait donc de défiler sans s'arrêter, pour ne laisser aucune trace. C'est une bonne intuition, mais ces plateformes sont plus fines que cela. Leurs algorithmes mesurent le temps que vous passez sur chaque contenu et détectent les ralentissements dans votre défilement : une pause, même brève, peut être interprétée comme un signe d'intérêt. Ce signal pèse moins qu'un visionnage complet, mais il est tout de même enregistré. Défiler sans marquer d'arrêt reste donc la réaction la plus neutre possible, sans pour autant être une garantie absolue.
Si ces mécanismes vous pèsent, il existe des espaces numériques construits différemment. Les forums, ces plateformes de discussion organisées en catégories et en fils de conversation, fonctionnent selon une logique bien plus simple : les contenus sont listés par ordre chronologique ou par vote de la communauté, sans profil publicitaire qui se construit dans l'ombre. Pour profiter de cette logique plus neutre, un détail compte : préférez le tri par « nouveau » plutôt que par « tendance ». Le tri par tendance réintroduit une forme de sélection par popularité, ce qui nous ramène, en plus doux, à la même mécanique. Enfin, il existe toujours les blogs et la presse en ligne spécialisée qui fonctionnent de la même façon : on y choisit ses sources, on va chercher l’information plutôt que de la laisser s’imposer à soi.
Si vous rencontrez des difficultés dans la manipulation des outils numériques, la CCAPV propose des ateliers numériques d’accompagnement gratuits et accessibles à tous, y compris aux professionnels, organisés sur tout le territoire de la CCAPV.
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