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Actualites locales Moyen et Haut Verdon...

Barrême : un peu d'histoire , c'était il y à 70 ans le 20 mars

18 Mars 2014 , Rédigé par verdon-info Publié dans #Canton de Barrême

Il y a maintenant 70 ans ….

 

Digne, le 24 mars 1944

RAPPORT de l'Adjudant-chef GOUYET, commandant provisoirement la section de Gendarmerie de DIGNE. sur une expédition organisée par les troupes Allemandes dans la

commune de BARRÊME. :

Le 20 Mars 1944, vers 18 heures, un détachement de 350 soldats Allemands encadrés par plusieurs Officiers, s'est rendu dans la localité de Barrême et a occupé immédiatement toutes les issues.Le Maire ( Maire du village VELLON Frederic Antoine en poste de 1942 à 1944) a été ensuite convoqué et le Commandant du détachement lui ordonné de faire publier l'avis suivant :

"Tous les hommes de BARREME, à partir de 12 ans, sont obligés de se rendre tout de suite sur la place de l'église – à partir de 19 heures, il est expressément défendu de circuler dans le pays".

En peu de temps, 250 personnes ont été groupées et on les a cantonnées dans les cafés PAUL et GUICHARD situés à proximité de la dite place. Les Officiers ont installé leur poste de commandement au café GUICHARD. Pendant que les Officiers procédaient au contrôle de l'identité des personnes rassemblées, d'autres militaires procédaient à de multiples perquisitions. Les logements des Gendarmes logés en ville et momentanément absents ont été aussitôt visités mais en présence du Chef de Brigade.

31 personnes dont 13 Juifs ont été retenues et conduites à Digne pour des raisons inconnues.

 

Fernand FERAUD Lolo Gastinel et Dédé Rouvier

Fernand FERAUD Lolo Gastinel et Dédé Rouvier

De cette « rafle » , restent 3 survivants :

Fernand FERAUD Lolo Gastinel et Dédé Rouvier Ils avaient de 17 à 22 ans au moment des faits.

Lolo Gastinel et Dédé Rouvier sont venus participer à une collecte de mémoire, collecte qui a pour but de collectionner et de préserver les témoignages et les documents. Voici leurs témoignages.

C'était la foire de la Saint Joseph. Cette année là, le 19 mars , jour de la Saint Joseph, tombant un dimanche, la foire avait été reportée au lundi 20.Comme chaque année, cette première foire est l'occasion pour les habitants du village de se rencontrer au sortir de l'hiver et de discuter de choses et d'autres ( et en 1944 les sujets de discussion ne manquent pas …) Le lieu de rencontre privilégié : à l'angle de l'actuelle maison Poilroux et de la boulangerie Busquette, ( la déviation ne verra le jour qu'au début des années 70) La population est encore nombreuse sur la place du marché en fin de journée vers 17-18 heures .Un paysan, sur sa charrette , arrive soudain prévenant la population que des soldats allemands, en grand nombre, arrivent dans Barrême. Trop tard : les troupes allemandes débouchent de partout, de Digne, de Saint-André et de l'allée des écoles !

Toutes les communications sont coupées. Malgré tout 3 hommes s'échappent en courant dans la montée des gîtes et filent à travers champs sous le feu des soldats. Ces trois hommes, Francis REYBAUD de Tartonne, Antoine GARRON et Gaston PAUL de Barrême, parviennent à s'échapper, sains et saufs, croisant dans les champs une mère et sa fille revenant des travaux du jardin. Questionnées par les soldats , la maman et sa fille déclareront ne pas connaître ces fuyards. On les croira. ( Pour la petite histoire, la jeune fille, Mireille,7 ans à l'époque, deviendra plus tard l'épouse de Dédé ROUVIER) Pendant ce temps les quelques 250 regroupés sur la place vont faire l'objet d'interrogations et de « sélection » Les officiers allemands reçoivent les hommes par groupes dans le café Guichard (actuel relais des amis) situé sur la place. Ils leurs posent des questions et en retiennent quelques uns. Ces « sélectionnés » sont dirigés vers le café de l’hôtel Pascal tandis que les autres sont priés de rester à disposition dans les deux autres cafés ( actuellement Busquette et maison Roberte) Durant cet interrogatoire, un détachement Allemand perquisitionne dans le village. Dans une habitation, la maison actuelle de Rolande POILROUX , le détachement trouve dans l'appartement du haut une arme et un baudrier appartenant à un gendarme logeant là à l'année. La personne résidant en bas en fera les frais : Marie MICHEL maman de Maryse MICHEL est emmenée et dirigée vers le café de l'hôtel Pascal... En tout 18 personnes seront ainsi retenues, on ne sait sur quels critères. Plus tard dans la soirée , il leur est demandé d'aller prendre des affaires à la maison-accompagnés de soldats allemands-. Puis retour à l’hôtel Pascal. Vers 24 heures tout le groupe, encadré par les soldats allemands, se retrouvent sur la place de l'église, où les attendent un premier groupe de 13 personnes, on apprendra que ce sont des juifs. Les deux groupes montent dans 2 camions ,dans l'un les juifs, dans le second les 18 autres.

Après un regroupement général du convoi et du détachement, demi tour direction Digne, à bord de camions non bâchés .A la sortie du village, lors d'un ultime arrêt, les parents inquiets quand à l'avenir, auront l'occasion d’interpeller parents, enfants et amis, avant que de les voir s'éloigner. Vers Digne, dans la descente du col, nouvel arrêt suite à la découverte d'une voiture arrêtée sur le bas côté, le moteur encore chaud : certainement des résistants qui n'ont pas demandé leurs restes... Les soldats Allemands ne trouveront personne. Arrivée à Digne et direction la « Villa Marie Louise »

La villa Marie Louise servait de siège à la Gestapo et au service extérieur, service de police et de sûreté SS....A partir de là, nous n'aurons plus de nouvelles du camion transportant les juifs, ni de leurs occupants ….

 

 

 

 « Villa Marie Louise »

« Villa Marie Louise »

D’après le livre de Jean GARCIN, Me MICHEL fut quelque peu malmenée dans les locaux de la « Marie Louise ». Elle sera relâchée après intervention de son mari et de quelques personnalités locales. Elle racontera que dans les sous sols où elle fût  enfermée, on entendait les enfants juifs réclamer à manger. Le jour où elle fût libérée, en attendant l'heure du départ, elle était au buffet de la gare de Digne : elle vit enfermer les juifs dans des wagons de marchandises, qui auraient été accrochés au même train qu'eux, c'est à dire au train de Nice.

Pour les autres, direction hôtel Perchot a Digne, route des thermes, après le pont au bout de la ligne droite d' Intermarché.( Cet hôtel n'existe plus mais une salle Perchot existe encore, dans le même quartier : Salle Perchot Quartier Pigeonnier-Barbejas  venue des Thermes) Ils passent la nuit à 18 dans une chambre exiguë ,nuit d'inquiétude et d'incertitude, jusque 10 h du matin : moment où ils sont de nouveau interrogés puis relâchés. Ils seront tous libérés le 21 vers 12h00.

Qui étaient les juifs pris à Barrême ? Aux dires des trois derniers témoins, ces  personnes réfugiées de Lorraine vers 1943, devaient résider dans l' actuelle rue Du Barri et la rue du Milieu. La Famille Franck logeait quand à elle dans l'actuelle maison de M BEE . Georgette SIMON quand à elle, devait résider à la maison Reyre. Dédé ROUVIER est sur de cette info : il se souvient encore avoir reçu sur la tête le contenu d'un bassine d'eau de vaisselle que Mme SIMON avait balancé par la fenêtre !! (  le tout à l'égout n'existait pas encore ...) Il se souvient également de ces enfants juifs qui ont fréquenté l’école du village et dont la chevelure rousse lui est restée en mémoire.

Et après ???

Des recherches sur internet ont permis de découvrir, sur le Monument souvenir à INGWILLER dans le 67, que SIMON Julien, né à Puttelange, SIMON Hélène née à Puttelange et SIMON Josette, née à Digne, feront partie du convoi 71, qui part de Drancy le 13 04 1944,direction AUSCHWITZ : ce convoi comporte 1500 déportés, dont 105 survivront en 1945 ( dont 70 femmes) Dans ce convoi, on trouve entre autres Simone VEIL et le grand rabbin HAGUENAUER. A l'arrivée au camp, 265 personnes seront gazés (165 hommes et 100 femmes). Georgette SIMON fera partie des 105 survivants et sera même de passage sur Barrême en 1949-1950. A ce jour, aucun témoignage de sa présence n'a pu être découvert. Elle serait décédée dans les années 70. Le dernier convoi de Drancy , convoi 78, partira de LYON, en août 1944 et arrivera au camp d’Auschwitz le 17 08 1944.

 

Qui étaient ils ? D'aprés le rapport de gendarmerie :

 

«

1. Personnes de Nationalité Française et non de race Juive :

• BIANCO Baptistin, maçon, domicilié à Blieux.

• CHAILLAN Gabriel, cultivateur, domicilié à Barrême.

• CLEMENT Paul, cultivateur, domicilié à Barrême.

• FERAUD Fernand, cultivateur, domicilié à Barrême.

• GASTINEL Léon, cultivateur, domicilié à Barrême

• GRANET Emile, cultivateur, domicilié à Barrême.

• HOULDINGER Charles, cultivateur domicilié à Barrême.

• HUMBERT Louis, journalier, domicilié à Barrême.

• ISNARD Aimé, surveillant des Eaux et Forêts, domicilié à Barrême.

• LIONS Joseph, cultivateur, domicilié à Barrême.

• MAKOVIAK Raymond, cultivateur domicilié à Barrême.

• MICHEL Marie, sans profession, domiciliée à Barrême.

• NEPATRINI Roger, cultivateur domicilié à Barrême.

• PECOUL André, employé au service du ravitaillement, domicilié à Barrême.

• ROUVIER André, cultivateur, domicilié à Barrême.

• ROUVIER Louis, cultivateur, domicilié à Barrême.

• VELLON André, cultivateur, domicilié à Barrême.

2. Personnes de nationalité Italienne :

• GARRO Stephano, laitier, domicilié à Barrême

3. Personnes de confession Israélite :

• FRANCK Aline, 58 ans, sans profession, domiciliée à Barrême.

• FRANCK Esther, fille de salle, domiciliée à Barrême.

• FRANCK Henri, 72 ans, sans profession, domicilié à Barrême

• FRANCK Jeanne, 37 ans, employée de bureau, domiciliée à Barrême.

• FRANCK Renée, 38 ans, couturière, domiciliée à Barrême.

• SIMON Alice, domiciliée à Barrême

• SIMON Georgette, 30 ans, domiciliée à Barrême

• SIMON Hélène, domiciliée à Barrême

• SIMON Josette, 2 ans, domiciliée à Barrême

• SIMON Julien, 41 ans, domicilié à Barrême

• SIMON Marx, 74 ans, marchand de bestiaux, domicilié à Barrême

• WEINBERG Lucie, 35 ans, domiciliée à Barrême.

• WEINBERG Maurice, 77 ans, sans profession, domicilié à Barrême »

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G
Simon Georgette née en 1914 est decédèe en 1990 le 24 décembre.
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G
Bonjour ,vous est-il possible de me donner des informations sur SIMON Georgette nee le 31.07.1914 a
Puttelange (Moselle) Je vous remercie tres sincèrement d'avance pour tous renseignements.
Mr GRAVIER
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