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La page poésie d'Odile :Nos poètes chanteurs

18 Octobre 2020 , Rédigé par verdon-info Publié dans #Image et poésie

La page poésie d'Odile  :Nos poètes chanteurs

Quelques mots sur « Nos chanteurs poètes » …

Aujourd’hui : Brel. Le Grand Jacques, que j’aurais tellement voulu voir sur scène et que, du coup, j’ai vu dans tous ses films pour compenser. Mais cela ne compense pas, ne compensera jamais. Car Brel c’est une présence sur scène qu’il ne faut pas louper. Et je l’ai loupé, car j’étais très jeune : je suis arrivée à Bruxelles juste après la dernière du spectacle « L’Homme de la Mancha » et juste avant son départ pour les Marquises. Je vous propose aujourd’hui deux des plus belles chansons du monde pour moi. Brel n’a pas fait d’études littéraires ni l’Académie Française, mais il avait le sens inné de la poésie et de l’expression théâtrale. La poésie, il la traduit par ses propres techniques stylistiques, des trouvailles personnelles, très souvent par des répétitions lancinantes, (« Quand on n’a que l’amour… », « Le plat pays qui est le mien… ») et des chutes spectaculaires qu’il met en scène dans un final éblouissant. Chaque fin de chanson fait monter les larmes, tant l’émotion est transcendée. Les derniers vers : « Nous aurons dans nos mains, amis, le monde entier » et « Ecoutez-le chanter, le plat pays qui est le mien » procurent une explosion d’émotions, due  aussi bien au texte qu’à l’expression corporelle de sa sensibilité. Brel est une boule d’amour et il le transmet aux autres. Il utilise toujours le vocabulaire juste, riche, parfois désuet :« malandrins », velours » « troubadours » ; de magnifiques antinomies (oppositions) : « soleil » / « laideur », « pauvre » / « velours », « amour » / « canon », « chanson » / « tambour » et trouve cette non moins magnifique idée d’étendre tout à la fin le mot amour à celui d’ami pour élargir le champ des affects jusqu’à la fraternité universelle. 

Et que dire des descriptions du plat pays, la Flandre : « la plaine fumante », « le cœur à marée basse », l’utilisation de termes toujours aussi percutants, même (et surtout) à contre-emploi : « s’écarteler », (normalement utilisé pour un être vivant et employé ici pour le vent, « écoutez-le vouloir » (association d’un terme physique et d’un terme abstrait, comme le ciel bas qui induit l’humilité et doit être pardonné, ou comme le canal qui s’est pendu) ; ce sont toutes ces associations étranges ou tout du moins inédites, qui me touchent ; ainsi que les analogies subtiles comme « les fils de novembre »* ; à noter que les 4 strophes correspondent aux 4 points cardinaux présentés dans l’ordre de leur axe : Est, Ouest, Nord, Sud et à chaque point cardinal est associé un vent différent ; les images sont d’une poésie stupéfiante : les clochers ressemblent à des mâts de cocagne, les gargouilles décrochent les nuages, la pluie souhaite le bonsoir. Sans parler du mot « vague » répété à l’envi dans des sens divers et qui provoque roulis et tangage ; Observez aussi comme dans les premières strophes les nombreux aphorismes (répétitions successives), les adverbes (« infiniment ») la lenteur du rythme traduisent la monotonie, par opposition au dernier couplet. Pour moi ces deux chansons sont tellement riches qu’elles doivent absolument être analysées à l’école au même titre que du Verhaeren ou du Gauthier. On pourrait s’étendre longuement, il y aurait tant de choses à ajouter ! Mais ce n’est pas le but ici. 

Je voudrais dire un mot aussi sur le peintre français Pierre-Auguste Cot (XIXème siècle) qui n’est pas très connu et pourtant le mériterait bien. Ne trouvez-vous pas que ses peintures ressemblent à du William Bouguereau ? Ce n’est pas étonnant c’était son élève. Je viens de l’apprendre en relisant sa biographie. Il a tout de même suivi l’école d’art à Toulouse, a été fait chevalier de la légion d’honneur, et lauréat de nombreux prix. Comme quoi il gagne à être connu ! (Autres belles œuvres : La tempête, Dyonisa, Ophélie etc.). John Francis Rigaud, peintre britannique du XIIIème siècle n’est pas vraiment célèbre non plus -personnellement je ne connaissais que ce Romeo et Juliette-. Quant à Aimé-Daniel Steinlein, un peintre du nord de la France (XXè S) décédé dans les années 90 donc contemporain, serait parfait pour illustrer les poésies d’Emile Verhaeren ! Il a également peint les paysages de Vendée : « La Flandre, avec le soleil en plus » disait-il !

* « Les fils de novembre » est une image qui a reçu plusieurs explications : ils peuvent tout simplement représenter les mois d’hiver avec les beaux jours qui reviennent en mai, soit les marins qui partaient pêcher pour plusieurs mois et revenaient au printemps, soit les soldats au service militaire - qui durait 18 mois en Belgique et se terminait généralement en mai-.

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