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La page poésie d'Odile : Au pied de mon arbre…

11 Octobre 2019 , Rédigé par verdon-info Publié dans #Image et poésie

La page poésie d'Odile  : Au pied de mon arbre…

Commentaire de la page : Au pied de mon arbre…

Une seule poésie aujourd’hui, tellement longue que j’ai même dû l’amputer. Emile Verhaeren, notre flamand francophile et francophone a le génie des longs poèmes symbolistes et lyriques. Son style très éclectique va de l’alexandrin à césure parfaite au vers composé de deux mots. C’est flagrant ici. Observez la première strophe : 4 alexandrins parfaits, chacun scindé en deux pour encore plus de régularité, encadrés au début et à la fin par deux mini-vers. Pour un adepte du vers libre, il fournit ici une composition irréprochable ! Cela confère à la présentation de cet arbre une majesté impressionnante. Le contraste est très fort avec la strophe suivante qui est hachée et irrégulière, les césures sont déplacées et surtout les termes s’entrechoquent. « …les yeux Des aïeules et des aïeux Ont regardé, maille après maille… » quelle cacophonie cette allitération en « YE », on a l’impression de bafouiller ! Pourquoi ? Justement pour évoquer tous les mouvements, les changements, les saisons, les bouleversements auxquels l’arbre a assisté. Nous avons la strophe structurée pour illustrer la grandeur et la strophe irrégulière pour traduire l’agitation, la strophe du passé et la strophe de l’avenir. Il y aurait tant à dire dans toute cette richesse de style ! Notamment la personnification de l’arbre : « pied velu » « chante ou pleure » « Lèvres folles et bras tordus » « jette un cri », et pourtant sa nature végétale est complètement respectée : « feuilles, bourgeons, bois, sève, tronc, racines, rameaux », tout y est. Etrange mélange mais efficace. C’est une fusion totale entre l’arbre et l’humain, et cela nous touche au plus profond. La fusion se confirme dans la strophe suivante lorsque l’homme étreint l’arbre jusqu’à s’y fondre, pour y puiser sa force. L’énergie des arbres passe en nous pour peu qu’on y consacre un peu d’attention, de soin, de contact surtout. Remarquez maintenant le champ lexical de l’anatomie humaine qui vient remplacer celle du végétal : « cœur, bras, corps, muscles, nerfs, poing », tout y est aussi. Moi je dis : du grand art ! Du grand Verhaeren ! J’allais oublier : notez comme sont présents non seulement la force mais aussi l’amour, presque charnel, entre les deux êtres vivants. (« Amour, ferveur, cœur, mêlé, baisais… »)

Pour les illustrations je ne pouvais pas ne pas reproposer le magnifique arbre de vie de Klimt, il représente bien le thème du poème : force, amour, pulsion de vie et fusion. Quant au tableau de Signac, la douceur des teintes et le pointillisme donnent toute sa lumière à ce pin majestueux. Pour faire bonne mesure, disons un mot de Caspar David Friedrich, dont je vous ai déjà parlé : ce peintre allemand du XIXème siècle poursuivi par la mort, peint la nature avec un romantisme débridé. (Regardez cet arbre échevelé). Et rappelez-vous « Le voyageur de la mer de brume » que voici...

 

 

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