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Actualites locales Moyen et Haut Verdon...

La page poésie d'Odile : L’amour, la mort, la vie

23 Janvier 2015 , Rédigé par verdon-info Publié dans #Image et poésie

Très long (pardon !), mais très beau poème d’Eluard. Pas si hermétique que ça, pour une fois ! Et surtout très émouvant. Le manque de ponctuation rend toujours le texte un peu difficile à suivre, mais j’adore la progression : première strophe : la tristesse de la solitude, deuxième strophe : l’arrivée éblouissante de l’aimée, troisième strophe : la généralisation de ce bonheur à l’humanité tout entière. Moi j’aurais appelé ce poème : universalisation de l’amour.

L’amour, la mort, la vie

J’ai cru pouvoir briser la profondeur de l’immensité
Par mon chagrin tout nu sans contact sans écho
Je me suis étendu dans ma prison aux portes vierges
Comme un mort raisonnable qui a su mourir
Un mort non couronné sinon de son néant
Je me suis étendu sur les vagues absurdes
Du poison absorbé par amour de la cendre
La solitude m’a semblé plus vive que le sang
Je voulais désunir la vie
Je voulais partager la mort avec la mort
Rendre mon cœur au vide et le vide à la vie
Tout effacer qu’il n’y ait rien ni vitre ni buée
Ni rien devant ni rien derrière rien entier
J’avais éliminé le glaçon des mains jointes
J’avais éliminé l’hivernale ossature
Du vœu de vivre qui s’annule.

Tu es venue le feu s’est alors ranimé
L’ombre a cédé le froid d’en bas s’est étoilé
Et la terre s’est recouverte
De ta chair claire et je me suis senti léger
Tu es venue la solitude était vaincue
J’avais un guide sur la terre je savais
Me diriger je me savais démesuré
J’avançais je gagnais de l’espace et du temps
J’allais vers toi j’allais sans fin vers la lumière
La vie avait un corps l’espoir tendait sa voile
Le sommeil ruisselait de rêves et la nuit
Promettait à l’aurore des regards confiants
Les rayons de tes bras entrouvraient le brouillard
Ta bouche était mouillée des premières rosées
Le repos ébloui remplaçait la fatigue
Et j’adorais l’amour comme à mes premiers jours.

Les champs sont labourés les usines rayonnent
Et le blé fait son nid dans une houle énorme
La moisson la vendange ont des témoins sans nombre
Rien n’est simple ni singulier
La mer est dans les yeux du ciel ou de la nuit
La forêt donne aux arbres la sécurité
Et les murs des maisons ont une peau commune
Et les routes toujours se croisent.
Les hommes sont faits pour s’entendre
Pour se comprendre pour s’aimer
Ont des enfants qui deviendront pères des hommes
Ont des enfants sans feu ni lieu
Qui réinventeront les hommes
Et la nature et leur patrie
Celle de tous les hommes
Celle de tous les temps.

Paul Eluard

Je ne sais pas si vous connaissez et si vous aimez Tamara de Lampicka, moi j'adore. Pour la bonne raison que ses tableaux sont plutôt figuratifs mais avec l'empreinte du cubisme; ce qui donne à ses très jolis toiles cette allure de modernité et en fait toute l'originalité.Pour encore agrémenter ce moment de plaisir offrons-nous "j'attendrai" par Django Reinhardt...

de-Lempicka-Tamara-couple

de-Lempicka-Tamara-couple

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