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Actualites locales Moyen et Haut Verdon...

La page poésie d'Odile : Chant d'Automne

30 Août 2014 , Rédigé par verdon-info Publié dans #Image et poésie

Retour à mon cher Baudelaire que j’ai longtemps et volontairement délaissé pour ne pas être taxée de favoritisme ! Mais je le confesse, oui pour moi c’est le plus grand. Ce « Chant d’automne », comme « Harmonie du soir », «Correspondances » ou « Elévation » est un pur chef d’œuvre…Au temps où je connaissais tous ces poèmes par cœur et où je pouvais les disséquer à l’endroit et à l’envers pendant des dizaines de pages, j’étais sans cesse émerveillée par ce talent incomparable. La deuxième partie est plus douce que la première où l’outrance des mots démontre que le poète pense plus à la mort qu’à l’hiver qui arrive…l’analogie est claire : « froides ténèbres », « funèbre », « enfer », « échafaud », « succombe », « cercueil », « départ », « tombe »…J’adore l’antinomie « enfer polaire ». (Nous retrouvons l’image du soleil rouge évoqué dans « Harmonie du soir » : « le soleil s’est noyé dans son sang qui se fige »). Bon, ne nous emballons pas, sinon nous y serons encore demain tant il y aurait de choses à dire sur ces vers fabuleux…Notez tout de même sur la fin du poème que le ton a changé, l’automne est devenu glorieux et les couleurs aussi se sont radoucies, les rayons ne sont plus rouges mais jaunes…et ils sont DOUX ! La peur de la mort est écartée par l’amour…

Chant d'Automne

I/ Bientôt nous plongerons dans les froides ténèbres;
Adieu, vive clarté de nos étés trop courts!
J'entends déjà tomber avec des chocs funèbres
Le bois retentissant sur le pavé des cours.

Tout l'hiver va rentrer dans mon être: colère,
Haine, frissons, horreur, labeur dur et forcé,
Et, comme le soleil dans son enfer polaire,
Mon cœur ne sera plus qu'un bloc rouge et glacé.

J'écoute en frémissant chaque bûche qui tombe
L'échafaud qu'on bâtit n'a pas d'écho plus sourd.
Mon esprit est pareil à la tour qui succombe
Sous les coups du bélier infatigable et lourd.

II me semble, bercé par ce choc monotone,
Qu'on cloue en grande hâte un cercueil quelque part.
Pour qui? - C'était hier l'été; voici l'automne!
Ce bruit mystérieux sonne comme un départ.

II/ J'aime de vos longs yeux la lumière verdâtre,
Douce beauté, mais tout aujourd'hui m'est amer,
Et rien, ni votre amour, ni le boudoir, ni l'âtre,
Ne me vaut le soleil rayonnant sur la mer.

Et pourtant aimez-moi, tendre cœur! soyez mère,
Même pour un ingrat, même pour un méchant;
Amante ou sœur, soyez la douceur éphémère
D'un glorieux automne ou d'un soleil couchant.

Courte tâche! La tombe attend, elle est avide!
Ah! laissez-moi, mon front posé sur vos genoux,
Goûter, en regrettant l'été blanc et torride,
De l'arrière-saison le rayon jaune et doux!

Charles Baudelaire

Van Gogh (Vincent) Paysage d'automne

Van Gogh (Vincent) Paysage d'automne

On ne peut que penser à Van Gogh pour les tons chauds jaunes d'or et orangés (ou à Afremov dans les contemporains: le champion des tons de feu). Voici donc un beau paysage d'automne de "Vincent" qui nous réchauffe le coleur, contrairement à la première partie du poème de Baudelaire qui donne des sueurs froides tant l'approche de l'hiver se confond avec celle de la mort...Et pour achever de réchauffer l'atmosphère voici l'automne de Vivaldi...

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Odile 31/08/2014 23:50

Je kiffe ton analyse Jean-Mi...Je venais juste de dire que j'étais étonnée par l'absence de commentaire sur ce poème! Je ne l'avais jamais entendue celle-là! (les branches des arbres) LOL!

Odile 31/08/2014 23:46

Je suis étonnée que ce poème n'amène pas de commentaire car je le trouve exceptionnel. Serais-je chauvine quand il s'agit de Baudelaire mon préféré de toujours? Tant pis, j'assume: j'adore!

Jean-Michel 31/08/2014 09:10

On ne peut pas ne pas aimer Baudelaire, surtout quand son écriture est si fluide.
Néanmoins il évoque ici des notions comme si elles étaient les mêmes partout sur Terre. Or c'est la succession rapide, trop rapide, des saisons qui nous fait vieillir si vite et mourir prématurément.
L'été, toujours trop court, n'est apprécié que vu depuis l'hiver et on ne peut alors que le regretter, comme on regrette sa jeunesse sans jamais l'avoir vécue comme on aurait dû. Ces analogies de sa propre vie avec le déroulement des quatre saisons atmosphériques ne peuvent être imaginées que vues des contrées tempérées. Dans des régions plus orientales les mêmes idées s'expriment différemment, sans référence aux saisons, et Zhuang Zhou nous apprend que la jeunesse ne s'apprécie que lorsqu'elle n'existe plus, comme un rêve ne s'apprécie que lorsqu'on est réveillé.
En Afrique où il fait toujours chaud, la vie n'a que deux saisons excluant les regrets de l'automne et les espoirs du printemps.
Mais le plus drôle dans ce poème c'est le souvenir qu'on en retient des explications vaseuses de certains élèves du collège : il y en aura toujours au moins un pour affirmer que les fameux chocs des bois qui tombent sont ceux que font les branches des arbres de la forêt se brisant sous l'effet du froid. Et là on peut plus maintenant qu'ajouter : MDR !